Le cancer du poumon chez les personnes n'ayant jamais fumé : ce que révèlent les données scientifiques actuelles

Le cancer du poumon a longtemps été considéré comme une maladie liée au tabagisme. Cette vision n’est plus tout à fait exacte. Le nombre de cas chez les personnes n’ayant jamais fumé est en hausse, la maladie se manifeste différemment, et les dispositifs mis en place pour dépister le cancer du poumon n’ont pas été conçus pour cette population. Comme le souligne l’un des plus éminents scientifiques du domaine, les données indiquent une véritable augmentation absolue de ces cas.

La version courte

  • Le cancer du poumon chez les personnes n'ayant jamais fumé figure désormais parmi les causes les plus fréquentes de décès par cancer dans le monde.

  • Cette hausse est bien réelle ; elle n'est pas simplement une conséquence de la baisse du taux de tabagisme.

  • Elle est de plus en plus reconnue comme une maladie distincte sur le plan biologique, avec des facteurs déterminants différents et des besoins thérapeutiques différents.

  • Parmi les facteurs de risque connus, on peut citer la pollution atmosphérique, le radon, le tabagisme passif et certaines expositions sur le lieu de travail.

  • Comme le dépistage repose sur les antécédents tabagiques, ces cancers sont souvent détectés à un stade avancé, lorsque le pronostic est moins favorable.

Peut-on avoir un cancer du poumon sans avoir jamais fumé ?

Oui. Bien que le tabagisme reste la principale cause du cancer du poumon, une part importante des cas touche des personnes qui n’ont jamais fumé. Les estimations varient selon les régions. Aux États-Unis, les personnes n’ayant jamais fumé représentent environ un cas de cancer du poumon sur huit, tandis que dans certaines régions d’Asie, ce chiffre atteint 30 % ou plus. Considéré isolément, le cancer du poumon chez les personnes n’ayant jamais fumé figurerait parmi les principales causes de décès par cancer à l’échelle mondiale ; il est aujourd’hui classé au cinquième rang des cancers les plus fréquents dans le monde.

Le principe est simple et mérite d'être énoncé clairement. Toute personne dotée de poumons peut développer un cancer du poumon.

Pourquoi le nombre de cas augmente-t-il ?

Avec la baisse du tabagisme, on pourrait s'attendre à ce que les cas de cancer du poumon chez les personnes n'ayant jamais fumé représentent une part plus importante des diagnostics. Or, cette évolution semble être plus que proportionnelle.

Dans un article publié en 2026 dans la revue *Nature*, le professeur Charles Swanton, de l’Institut Francis Crick, a présenté des données attestant d’une véritable augmentation absolue des cas de cancer du poumon chez les personnes n’ayant jamais fumé. En d’autres termes, c’est le nombre réel de personnes touchées qui augmente, et pas seulement leur proportion par rapport au total. Les raisons de ce phénomène font encore l’objet d’études, mais la tendance est désormais suffisamment claire pour que les cliniciens et les chercheurs la considèrent comme un problème distinct à part entière.

Quelles sont les causes du cancer du poumon chez les personnes qui n'ont jamais fumé ?

Il n'y a pas de cause unique. Plusieurs facteurs environnementaux et biologiques entrent en jeu, et les recherches sont encore en cours.

La pollution atmosphérique figure parmi les facteurs de risque les plus importants connus à ce jour. La pollution atmosphérique extérieure est classée depuis 2013 parmi les substances cancérigènes du groupe 1, la catégorie la plus élevée. Une importante étude réalisée en 2026 pour l’Union internationale contre le cancer a attribué plus de 434 000 cas de cancer du poumon par an dans le monde à la pollution atmosphérique, et a révélé qu’une exposition à long terme aux particules fines augmente le risque global de cancer. Les propres recherches antérieures du professeur Swanton ont montré comment la pollution atmosphérique peut déclencher un cancer du poumon chez des personnes n’ayant jamais fumé, en agissant sur des cellules qui portent déjà des mutations latentes. Nous avons examiné ces données et leur impact inégal à travers le continent dans notre article sur la pollution atmosphérique et le cancer du poumon en Europe, ainsi que les inégalités en matière de santé qui en découlent, lorsque Lung Cancer Europe a participé à un événement de l’ERS consacré à la pollution atmosphérique et aux inégalités en matière de santé.

Parmi les autres facteurs de risque reconnus figurent le radon, le tabagisme passif et les expositions professionnelles, notamment à la silice et à l'amiante. Des antécédents familiaux de cancer du poumon augmentent également le risque, ce qui suggère une prédisposition génétique héréditaire chez certaines personnes.

De nouvelles questions continuent d'être soulevées concernant d'autres expositions environnementales, notamment le rôle des plastiques, que nous avons examiné dans notre nouvelle étude consacrée aux plastiques et au cancer du poumon.

S'agit-il d'une autre maladie ?

Les données disponibles tendent de plus en plus à confirmer cette hypothèse. Le cancer du poumon chez les personnes n’ayant jamais fumé est désormais reconnu comme une entité biologiquement distincte, et non pas simplement la même maladie sans la consommation de cigarettes.

Ces tumeurs présentent généralement des facteurs génétiques différents de ceux du cancer du poumon lié au tabagisme. Les altérations de gènes tels que l’EGFR et l’ALK sont bien plus fréquentes, et l’adénocarcinome est le type prédominant. Cela a une incidence directe sur le traitement, car bon nombre de ces facteurs peuvent être associés à des thérapies ciblées, ce qui rend particulièrement importants les tests moléculaires précis réalisés au moment du diagnostic. Cela contribue également à expliquer pourquoi le modèle de prise en charge « universel » du cancer du poumon n’est plus valable.

Qui est le plus exposé au risque ?

Le cancer du poumon chez les personnes n’ayant jamais fumé touche de manière disproportionnée les femmes. Les femmes n’ayant jamais fumé ont plus de deux fois plus de risques de développer un cancer du poumon que les hommes n’ayant jamais fumé, et elles sont plus susceptibles de présenter les mutations motrices décrites ci-dessus. On observe également des cas chez des personnes plus jeunes, souvent diagnostiqués à un stade avancé. Nous dressons un tableau complet de la situation, en incluant les dernières découvertes issues du plus grand congrès mondial d’oncologie, dans l’article « Le cancer du poumon chez les femmes : ce que nous apprend l’ASCO 2026 ».

Les causes de cette différence entre les sexes ne sont pas encore entièrement élucidées et font l'objet de recherches actives, qui portent notamment sur la biologie, les facteurs hormonaux et les inégalités d'exposition à la pollution de l'air intérieur liée à la cuisine.

Pourquoi est-ce souvent détecté trop tard ?

C'est là que le système présente des lacunes. Le dépistage du cancer du poumon repose sur les antécédents tabagiques, en s'appuyant sur des critères élaborés principalement à partir de données concernant des personnes âgées ayant une longue histoire de tabagisme. Une personne qui n'a jamais fumé remplit rarement les critères requis, même en présence d'autres facteurs de risque.

Les conséquences sont prévisibles. Les symptômes peuvent être attribués à d’autres causes, l’orientation vers un spécialiste est plus lente, et le cancer a davantage de chances d’être détecté à un stade avancé, lorsqu’il est plus difficile à traiter et que les pronostics sont moins favorables. Le dépistage organisé reste également limité dans une grande partie de l’Europe, et là où il existe, il repose sur les mêmes critères d’éligibilité liés au tabagisme. Il en résulte un groupe croissant de personnes qui se retrouvent totalement exclues du dispositif de protection.

Qu'est-ce qui doit changer en Europe ?

Trois conclusions se dégagent de ces éléments de preuve.

Tout d'abord, la reconnaissance. Le cancer du poumon chez les personnes n'ayant jamais fumé doit être considéré et recensé comme une pathologie distincte et en augmentation, ce qui nécessite un financement de la recherche et une collecte de données adaptés. Des données européennes, en particulier, sont nécessaires pour comprendre qui est concerné ici.

Deuxièmement, un dépistage fondé sur les données scientifiques. Une sélection des participants fondée uniquement sur les antécédents tabagiques omet systématiquement des personnes présentant un risque réel. Il est donc indispensable de réexaminer ces critères.

Troisièmement, la qualité de l’air est considérée comme un enjeu lié au cancer du poumon. Le lien entre la pollution et le cancer du poumon ne fait plus aucun doute, et son impact se répartit de manière inégale à travers le continent. Une politique en faveur de la qualité de l’air est une politique de prévention du cancer.

Chez Lung Cancer Europe, nous sommes convaincus que les personnes atteintes d’un cancer du poumon, ainsi que celles qui présentent le risque le plus élevé, doivent prendre part à ces discussions. Les données sont sans appel. Ce qu’il faut désormais, c’est la volonté d’agir en conséquence.

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