Journée mondiale sans tabac 2026 : protéger la prochaine génération et accompagner les fumeurs
Le 31 mai est la Journée mondiale sans tabac. Le tabac est la principale cause évitable de cancer du poumon, responsable d’environ 80 à 90 % des cas en Europe. 24 % des adultes de la Région européenne de l’OMS consomment du tabac, ce qui représente le taux le plus élevé au monde. Le cancer du poumon représente 19,7 % de l’ensemble des décès par cancer en Europe. Et il peut toucher n’importe qui, y compris les personnes qui n’ont jamais fumé.
La dépendance au tabac est un trouble médical, et non un échec personnel. Les personnes qui fument méritent d'être aidées à arrêter si elles le souhaitent, et de bénéficier de compassion quoi qu'il en soit. Personne ne mérite d'avoir un cancer.
Dans le même temps, une nouvelle génération de jeunes est actuellement activement entraînée dans la dépendance à la nicotine. Les produits ont changé. Les plateformes ont changé. L’ampleur du ciblage, elle, n’a pas changé.
À l'occasion de cette Journée mondiale sans tabac, Lung Cancer Europe appelle les institutions de l'Union européenne et les États membres à renforcer la directive européenne sur les produits du tabac et la directive sur la publicité en faveur du tabac. La consultation est désormais ouverte. La date limite est fixée au 15 juin 2026.
Comment les jeunes sont la cible du marketing du tabac et de la nicotine
Des documents internes de l'industrie du tabac, datant des années 1970, montrent que les entreprises qualifient depuis longtemps les enfants et les jeunes de « fumeurs de remplacement » et de « pré-fumeurs ». La terminologie a changé. La stratégie, elle, est restée la même.
Selon l'OMS, les fabricants de tabac et de nicotine ont délibérément recours à des produits aromatisés, à des designs destinés aux jeunes, à des emballages colorés, au marketing sur les réseaux sociaux ainsi qu'aux recommandations d'influenceurs et de célébrités pour attirer les adolescents et les nouveaux consommateurs. Ces produits sont conçus pour séduire les personnes qui n'ont jamais fumé, et pas seulement celles qui pourraient abandonner la cigarette.
L'ampleur de cette campagne marketing est avérée. Selon l'association « Campaign for Tobacco-Free Kids », les contenus diffusés par deux grands fabricants de tabac pour promouvoir les cigarettes électroniques, les sachets de nicotine et les produits du tabac chauffés ont été visionnés plus de 3,4 milliards de fois sur les réseaux sociaux, touchant ainsi plus de 150 millions de jeunes de moins de 25 ans.
85 % des personnes âgées de 15 à 30 ans interrogées dans quatre pays ayant mis en place des restrictions en matière de publicité pour le tabac avaient été exposées à des publicités pour la cigarette électronique sur les réseaux sociaux. Une exposition plus importante était directement liée à une consommation plus élevée.
Le secteur recourt également au parrainage sportif, aux festivals de musique, aux plateformes de jeux vidéo et aux services de streaming pour intégrer ses produits dans le quotidien des jeunes. Les relations financières avec les influenceurs ne sont pas toujours rendues publiques. Il a été constaté que des fabricants de tabac faisaient appel à des influenceurs dont l’âge était inférieur à celui prévu par leurs propres lignes directrices volontaires.
En mai 2026, le Guardian a rapporté qu’un grand fabricant de cigarettes avait lancé une nouvelle campagne publicitaire mondiale pour l’une de ses marques les plus connues dans une vingtaine de pays. Selon les experts, cette campagne visait à exploiter le sentiment d’identité et d’appartenance des jeunes. Le PDG de cette même entreprise avait déclaré trois ans plus tôt que les cigarettes n’avaient plus leur place que dans les musées. Des chercheurs de l’université de Bath ont constaté que la baisse des ventes de cigarettes de l’entreprise s’était stabilisée depuis cette déclaration. L’OMS a documenté cette tendance en détail : l’industrie promeut publiquement des alternatives sans tabac tout en continuant à commercialiser les cigarettes de manière agressive.
Ces produits sont également conçus pour échapper à la détection. Les cigarettes électroniques sont fabriquées pour ressembler à des stylos, des rouges à lèvres, des montres et d’autres objets du quotidien, afin de pouvoir être utilisées sans que les parents ou les enseignants ne s’en aperçoivent.
Le vapotage comme passerelle : ce que révèlent les données scientifiques
L'industrie ne cesse d'affirmer que les nouveaux produits à base de nicotine, tels que les cigarettes électroniques, sont destinés uniquement aux fumeurs adultes qui ne parviennent pas à arrêter de fumer par d'autres moyens. Les données disponibles montrent toutefois une réalité bien différente.
Dans toutes les régions de l’OMS, les enfants âgés de 13 à 15 ans consomment des cigarettes électroniques à un taux supérieur à celui des adultes. Dans la Région européenne de l’OMS, 32 % des jeunes de 15 ans ont déclaré avoir déjà utilisé des cigarettes électroniques, et 20 % les avaient utilisées au cours des 30 derniers jours. Parmi les adolescents européens âgés de 15 à 16 ans, l’usage de la cigarette électronique a atteint 22 % en 2024, avec des taux allant de 6,4 % au Portugal à 36 % en Pologne.
Près des trois quarts des utilisateurs de cigarettes électroniques âgés de 18 à 24 ans n'avaient jamais fumé de cigarette traditionnelle auparavant. Pour la plupart des jeunes utilisateurs, le vapotage constitue un point de départ, et non un moyen de se sevrer du tabac.
Les jeunes qui utilisent des cigarettes électroniques ont près de trois fois plus de chances de se mettre ensuite à fumer des cigarettes traditionnelles. Ce lien est évident et préoccupant. Les jeunes qui utilisent des cigarettes électroniques sont plus susceptibles de fumer par la suite des cigarettes traditionnelles, même si les chercheurs continuent de débattre pour savoir dans quelle mesure cette relation est directement causale.
L'arôme est le facteur déterminant. Les études confirment que l'arôme est la principale raison pour laquelle les jeunes essaient la cigarette électronique. Les cigarettes électroniques sont disponibles dans au moins 16 000 arômes différents. Plus de 70 % des jeunes utilisateurs de cigarettes électroniques affirment qu'ils arrêteraient de fumer si les produits n'étaient disponibles qu'à l'arôme de tabac. Lorsque des interdictions d'arômes sont mises en place, l'industrie reformule ses produits ou lance des accessoires tels que des capsules aromatisées afin de conserver le même attrait.
La plupart des adultes qui consomment du tabac ont commencé lorsqu'ils étaient enfants ou jeunes adultes. C'est avant l'âge de 21 ans que les consommateurs risquent le plus de développer une dépendance. Les jeunes qui sont aujourd'hui attirés par les cigarettes électroniques aromatisées et le marketing sur les réseaux sociaux devront faire face à des conséquences sur leur santé qui ne seront pleinement visibles que dans plusieurs décennies.
Les conséquences sur la santé : tabac, maladies respiratoires et cancer du poumon
Le tabagisme était responsable de 18 % des décès dus à des maladies non transmissibles en Europe en 2020. La bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO) est étroitement liée au tabagisme, qui est à l’origine d’environ 70 % des cas dans les pays à revenu élevé. Les personnes atteintes de BPCO courent un risque quatre à six fois plus élevé de développer un cancer du poumon que la population générale.
Parmi les jeunes filles en Europe, la Région européenne affiche le taux moyen de tabagisme le plus élevé au monde. L'Europe occupe la deuxième place en termes de prévalence du tabagisme chez les adultes (25,3 %) et les adolescents (10,8 %) parmi toutes les régions de l'OMS.
Le cancer du poumon se développant sur plusieurs décennies, les mesures de prévention mises en place aujourd’hui auront un impact sur la charge de morbidité dans les années 2040 et au-delà. Les personnes qui arrêtent de fumer avant l’âge de 30 ans améliorent considérablement leur état de santé à long terme. Les politiques visant à réduire le nombre de jeunes qui commencent à fumer permettent donc également de réduire le nombre de personnes qui seront confrontées à des maladies liées au tabac plus tard dans leur vie.
Accompagner les fumeurs
La plupart des fumeurs souhaitent arrêter de fumer. Il est difficile d’arrêter. La nicotine est l’une des substances les plus addictives qui soient, et les produits qui la contiennent sont conçus pour renforcer cette dépendance. Les personnes qui tentent d’arrêter de fumer méritent de bénéficier d’un accompagnement bienveillant et fondé sur des données scientifiques. Elles méritent de la compréhension, et non d’être jugées.
Personne ne mérite d’avoir un cancer. Parmi les personnes atteintes d’un cancer du poumon, on trouve aussi bien des fumeurs que des personnes n’ayant jamais fumé, ou encore celles qui ont tenté à plusieurs reprises d’arrêter de fumer. Les personnes atteintes d’un cancer du poumon méritent des soins, du respect et un accompagnement fondé sur des données scientifiques, quels que soient leurs antécédents tabagiques. La dépendance au tabac est une pathologie. Les personnes qui en souffrent méritent la même compassion et la même qualité de soins que toute personne atteinte d’une autre maladie grave.
Le cancer du poumon reste fortement stigmatisé, et cette stigmatisation a des conséquences concrètes. Lorsqu’une maladie est perçue comme étant le fruit de la propre faute du patient, il devient plus facile pour les décideurs politiques d’accepter des mesures moins ambitieuses, même lorsque les données scientifiques plaident clairement en faveur d’une autre approche. Les personnes atteintes d’un cancer du poumon en font l’expérience directe, que ce soit en milieu hospitalier, sur leur lieu de travail ou dans la vie publique. La lutte contre cette stigmatisation fait partie intégrante du travail de Lung Cancer Europe, et elle va de pair avec notre engagement en faveur d’une politique de prévention plus ambitieuse, et non à son encontre.
Arrêter de fumer est la mesure la plus efficace qu’une personne puisse prendre pour améliorer sa santé pulmonaire et réduire son risque de développer une maladie grave. Des services d’aide au sevrage accessibles et fondés sur des données scientifiques permettent à davantage de personnes d’y parvenir. Ils doivent faire partie intégrante de toute approche sérieuse de lutte contre le tabagisme, bénéficier d’un financement adéquat et être accessibles de manière équitable dans toute l’Europe. Un renforcement de la réglementation et un meilleur accompagnement au sevrage ne sont pas des priorités contradictoires. Elles sont toutes deux nécessaires et vont de pair.
Ce que demande Lung Cancer Europe
Lung Cancer Europe prépare actuellement une réponse officielle à la consultation de l'UE afin d'apporter son soutien à la proposition de révision de la directive sur les produits du tabac et de la directive sur la publicité en faveur du tabac. La législation actuelle a été conçue autour des cigarettes et des cigares et ne tient pas pleinement compte des cigarettes électroniques, des produits du tabac chauffés, des sachets de nicotine, du marketing d'influence ou de la promotion sur les réseaux sociaux. La révision proposée permettrait de combler ces lacunes.
Nous prenons en charge :
L'adoption d'un emballage neutre pour tous les produits du tabac et à base de nicotine, afin de réduire leur attrait et d'améliorer la visibilité des avertissements sanitaires.
Restrictions concernant les arômes attrayants pour les jeunes, notamment les variétés fruitées et sucrées utilisées pour attirer les jeunes et les nouveaux consommateurs.
Des restrictions publicitaires exhaustives couvrant le marketing d'influence, les recommandations de célébrités, la promotion numérique transfrontalière et le placement de produits dans les médias de divertissement.
Une couverture exhaustive des nouveaux produits à base de nicotine, afin que ces derniers ne puissent pas échapper à la réglementation avant que celle-ci ne soit mise à jour.
Un cadre réglementaire souple permettant de réglementer rapidement les futurs produits dès leur mise sur le marché.
Des contrôles plus stricts sur les ventes transfrontalières, notamment l'accès aux boutiques hors taxes dans les aéroports et les pôles de transport.
Nous sommes conscients que le commerce illicite suscite des inquiétudes chez certaines parties prenantes et certains États membres. Lung Cancer Europe reconnaît qu’il s’agit là d’un véritable défi politique. La réponse appropriée réside dans un renforcement des mesures de contrôle transfrontalières et de la traçabilité, et non dans un affaiblissement des ambitions en matière de santé publique.
La plupart des États membres de l'UE ont ratifié la Convention-cadre de l'OMS pour la lutte antitabac et se sont engagés à respecter le cadre MPOWER. Le renforcement de la directive s'inscrit dans la lignée de ces engagements existants. En Irlande, les fabricants de tabac contestent déjà devant les tribunaux une directive européenne visant à interdire les arômes caractéristiques dans les produits du tabac chauffés. Le cadre réglementaire fait l'objet de contestations. Il faut maintenir le cap sur nos ambitions.
La consultation est désormais ouverte
La consultation de l'UE sur la révision de la directive relative aux produits du tabac et de la directive relative à la publicité pour le tabac prendra fin le 15 juin 2026. Les progrès réalisés en matière de traitement et de survie face au cancer du poumon sont réels et sont les bienvenus. La prévention reste toutefois le domaine dans lequel les gains les plus importants à long terme peuvent encore être obtenus.
Protéger les jeunes contre le marketing ciblé et aider les fumeurs à arrêter de fumer ne sont pas deux objectifs distincts. Il s’agit d’un seul et même objectif. L’industrie du tabac a compris depuis des décennies que les jeunes constituent son marché de demain. Une réglementation qui met fin à ce circuit de recrutement constitue à la fois une mesure de protection de la jeunesse et un investissement à long terme en matière de santé publique.
Lung Cancer Europe appelle les institutions de l'UE et les États membres à saisir cette opportunité.
Sources
OMS Europe. Fiche d'information sur le tabac.
OMS (2023). La bronchopneumopathie chronique obstructive et le tabac.
Centre commun de recherche (2025). Dernières données de l'UE sur le cancer.