La santé bucco-dentaire pendant le traitement du cancer du poumon : ce que révèlent les données scientifiques
Santé bucco-dentaire et traitement du cancer
Un commentaire clinique publié dans JAMA Oncology en mars 2026 fait le point sur les données disponibles concernant la santé bucco-dentaire pendant le traitement du cancer (Maret, Epstein et Vigarios, 2026). Il aborde les aphtes, la sécheresse buccale, les caries, les altérations du goût et les infections buccales. Il recommande un bilan dentaire avant le début du traitement.
Cet article traite du traitement du cancer de manière générale. Les données concernant plus particulièrement le cancer du poumon sont frappantes.
Les effets indésirables buccaux sont-ils fréquents dans le cancer du poumon ?
Entre 46 % et 77 % des personnes atteintes d'un cancer du poumon constatent des altérations du goût au cours du traitement (Spencer et al., 2021). Chez les personnes atteintes d'un cancer du poumon non à petites cellules (CPNPC), 35 % signalent des altérations du goût avant même le début du traitement (Turcott et al., 2020).
Plus d'une personne sur cinq atteinte d'un cancer du poumon et présentant des lésions buccales doit, de ce fait, voir la dose de son traitement réduite ou celui-ci interrompu (Taylor and Francis, 2025).
Les effets indésirables buccaux peuvent entraîner l'arrêt du traitement.
Ce qui se passe selon le type de traitement
Chimiothérapie
La chimiothérapie endommage les cellules à croissance rapide, notamment celles qui tapissent la bouche. Les aphtes (mucite buccale), la bouche sèche (xérostomie), les altérations du goût, les difficultés à avaler, les infections buccales et l'accélération de la formation de caries sont autant d'effets secondaires avérés.
La bouche sèche entraîne une diminution de la salive, qui protège normalement les dents. Sans elle, des caries peuvent apparaître rapidement.
Thérapie ciblée
Les traitements ciblés comportent leurs propres risques pour la santé bucco-dentaire. Chez les personnes sous afatinib, un traitement ciblé contre l'EGFR, les aphtes touchent entre 52 % et 72 % des patients (Benitez Majano et al., 2018). Pour l'osimertinib, ce taux est d'environ 12 %.
Les altérations du goût sont particulièrement associées à certains inhibiteurs de l'ALK+. Le crizotinib présente un lien bien documenté avec une altération du goût (dysgueusie). L'incidence semble plus faible avec l'alectinib (Spencer et al., 2021).
Les effets indésirables buccaux liés aux traitements ciblés se distinguent cliniquement de ceux provoqués par la chimiothérapie et doivent être identifiés et pris en charge en tant que tels.
Immunothérapie
L'immunothérapie peut entraîner des effets indésirables d'origine immunitaire au niveau de la bouche. Des réactions lichéniennes buccales, c'est-à-dire une réaction immunitaire touchant la muqueuse buccale, ont été rapportées lors de l'utilisation d'inhibiteurs de points de contrôle. Des aphtes, une sécheresse buccale et des altérations du goût ont également été documentées. Ces effets diffèrent, sur le plan mécanistique, des problèmes buccaux liés à la chimiothérapie et peuvent nécessiter une prise en charge différente.
Les répercussions en aval
Les altérations du goût et les douleurs buccales ont une incidence sur l'alimentation. Une alimentation insuffisante affecte la capacité des patients à tolérer le traitement et à s'en remettre.
La sécheresse buccale accélère la formation de caries. Le commentaire publié dans *JAMA Oncology* souligne que certains effets des traitements anticancéreux sur la santé bucco-dentaire peuvent être permanents, ce qui nécessite des soins dentaires accrus longtemps après la fin du traitement (Maret et al., 2026).
Des effets indésirables buccaux non pris en charge peuvent avoir une incidence sur la capacité des patients à poursuivre leur traitement à la posologie et selon le calendrier prévus.
Santé bucco-dentaire et qualité de vie
Manger est un acte social. C'est l'un des moyens dont disposent les personnes pour préserver un certain sentiment de normalité pendant leur traitement. Lorsque les aliments ont un goût étrange ou que manger est douloureux, cela a des répercussions qui vont bien au-delà de la simple nutrition.
Des études montrent que les personnes présentant des altérations du goût au cours d'un traitement contre le cancer du poumon obtiennent des scores nettement inférieurs dans les différents indicateurs de qualité de vie, notamment l'appétit, les nausées, la vie sociale et le fonctionnement dans les différents rôles (Spencer et al., 2021).
Les effets indésirables buccaux font également partie des effets indésirables que les patients sont les moins enclins à signaler à leur équipe soignante. Ils sont souvent pris en charge à domicile, en silence, sans soutien médical.
L'oncologie de soutien a justement pour but de combler cette lacune. La santé bucco-dentaire en fait partie.
Ce que recommandent les recommandations cliniques
Les informations suivantes s'appuient sur des recommandations cliniques publiées et des travaux de recherche ayant fait l'objet d'une évaluation par des pairs.
Il est vivement recommandé de procéder à un examen dentaire avant de commencer le traitement (Maret et al., JAMA Oncology, 2026).
Les patients doivent être informés des effets indésirables buccaux associés à leur traitement spécifique avant de commencer celui-ci (MASCC/ISOO, 2025). Les risques varient selon le type de traitement.
Les équipes soignantes devraient, dans la mesure du possible, intégrer des spécialistes de la santé bucco-dentaire ou les consulter (MASCC/ISOO, 2025).
Des soins bucco-dentaires réguliers pendant le traitement peuvent atténuer la gravité des effets secondaires (NCI, 2024).
Si vous rencontrez des problèmes bucco-dentaires pendant votre traitement, parlez-en à votre équipe soignante. Il existe de nombreuses solutions pour vous aider, et ces effets secondaires peuvent être pris en charge.