Pourquoi les personnes atteintes d'un cancer du poumon en Europe sont laissées pour compte dans les essais cliniques
Le cancer du poumon est la première cause de décès par cancer dans le monde. Pourtant, moins de 2 % des essais cliniques menés à l'échelle mondiale portent sur le cancer du poumon. Parmi les essais consacrés au cancer du poumon, 70 % se déroulent en Chine, aux États-Unis et au Japon. L'Europe, la région où les résultats en matière de cancer du poumon sont les plus défavorables au monde, est largement absente de ce tableau.
Cela a des conséquences concrètes pour les personnes atteintes d'un cancer du poumon en Europe à l'heure actuelle.
Qu'est-ce qu'un essai clinique ?
Un essai clinique est une étude de recherche visant à vérifier l'efficacité et la sécurité d'un nouveau traitement. Avant qu'un nouveau médicament puisse être autorisé et mis sur le marché, il doit passer par ce processus.
Les essais cliniques revêtent une importance capitale pour les personnes atteintes d'un cancer du poumon. En y participant, vous pourriez avoir accès à un nouveau traitement jusqu'à dix ans avant sa mise sur le marché. Pour une personne confrontée à un diagnostic grave, ce délai peut faire toute la différence.
L'Europe prend du retard
Le nombre d'essais cliniques menés à l'échelle mondiale a augmenté de 38 % au cours de la dernière décennie. Cela semble être une bonne nouvelle. Cependant, la part de l'Europe dans ces essais a diminué de moitié au cours de la même période. Il en résulte une perte de 60 000 places d'essais cliniques pour les personnes vivant en Europe.
Ce recul est généralisé. Le nombre d'essais cliniques en oncologie en Europe est désormais inférieur à ce qu'il était en 2018.
La situation n'est pas non plus équitable au sein de l'Europe
Même au sein de l'Europe, l'accès aux essais cliniques varie considérablement selon le lieu de résidence. L'Allemagne arrive en tête en termes de nombre d'essais menés, suivie du Royaume-Uni et de la France. Mais dans des pays comme la Bulgarie et l'Irlande, ces chiffres sont bien inférieurs.
C'est en Europe de l'Est que les inégalités sont les plus marquées. Les taux de cancer du poumon y comptent parmi les plus élevés du continent, alors que le nombre d'essais cliniques disponibles y est relativement faible. Il est en outre rare que les patients puissent participer à un essai clinique en dehors de leur propre pays, même au sein de l'Union européenne.
Pourquoi cela se produit-il ?
Plusieurs facteurs expliquent le déclin de l'Europe en tant que destination pour les essais cliniques.
La fragmentation réglementaire rend la conduite d'essais cliniques dans plusieurs pays européens à la fois complexe et coûteuse. Les entreprises qui financent ces essais choisissent de plus en plus souvent de les mener aux États-Unis ou en Chine, où les procédures sont plus simples et les populations plus importantes.
La recherche non commerciale, qui n’est pas motivée par la recherche du profit, représente également une part plus faible des essais cliniques en Europe qu’à l’échelle mondiale, soit environ 50 % contre 70 % dans le monde. Les essais non commerciaux ont davantage tendance à se concentrer sur des domaines où les besoins non satisfaits sont importants plutôt que sur des opportunités commerciales.
Il y a également un problème de sensibilisation. De nombreuses personnes qui pourraient bénéficier d'un essai clinique ignorent tout simplement que ces essais existent ou qu'elles pourraient y être éligibles.
Ce qui doit changer
Lung Cancer Europe appelle à une action urgente sur quatre fronts.
Les gouvernements européens doivent accroître leurs investissements dans les essais cliniques financés par des sources indépendantes, afin que les priorités de recherche soient déterminées par les besoins des patients plutôt que par de simples intérêts commerciaux.
Il faut simplifier les règles régissant la conduite d'essais cliniques dans plusieurs pays européens. Les formalités administratives trop lourdes poussent la recherche à s'orienter vers d'autres pays.
Les personnes atteintes d'un cancer du poumon doivent être associées dès le début à l'élaboration de la recherche, en participant à la définition des questions, à la conception de l'étude et au choix des résultats qui comptent réellement.
Il faut également identifier et éliminer les obstacles à l'accès aux essais cliniques au-delà des frontières en Europe, afin que le lieu de résidence ne détermine plus l'accès aux traitements.
Lire l'intégralité de la note d'information
Lung Cancer Europe a publié une note d'orientation présentant les données disponibles concernant l'accès aux essais cliniques en Europe et les mesures que les décideurs politiques doivent prendre à cet égard.