Nouveaux traitements contre le cancer du poumon à petites cellules en Europe
L'Union européenne a publié deux évaluations cliniques conjointes concernant des médicaments utilisés dans le traitement du cancer du poumon à petites cellules (CPPC) à un stade étendu : le tarlatamab, destiné aux cas de récidive après une chimiothérapie, et la lurbinectédine, utilisée en traitement d'entretien. Il s'agit d'évaluations européennes communes portant sur l'efficacité et la sécurité de ces médicaments. Elles constituent un signe encourageant d’évolution dans le domaine d’un cancer qui n’a guère connu de progrès depuis des décennies. Elles ne valent toutefois pas une décision de prise en charge d’un médicament, que chaque pays continue de prendre de manière autonome.
Cet article explique les conclusions de ces deux évaluations, ce qu’est une évaluation clinique conjointe, ainsi que les implications de ces avancées pour les personnes atteintes d’un cancer du poumon à petites cellules et leurs aidants à travers l’Europe.
Quels ont été les changements concernant le cancer du poumon à petites cellules en Europe ?
Le cancer du poumon à petites cellules est diagnostiqué chez environ 62 000 personnes chaque année en Europe. Il s'agit de l'une des formes les plus agressives de cancer du poumon. Il se développe souvent rapidement, est fréquemment détecté à un stade avancé et étendu, et a tendance à réapparaître après le traitement initial.
Pendant des décennies, les options thérapeutiques ont très peu évolué. Mais la situation commence aujourd’hui à changer. Deux nouveaux médicaments destinés au traitement du cancer du poumon à petites cellules (CPPC) à un stade étendu ont fait l’objet d’une évaluation clinique européenne commune : l’un est utilisé après une récidive du cancer, l’autre sert de traitement d’entretien. Le cancer du poumon à petites cellules est l’une des priorités de Lung Cancer Europe pour 2026, et ces évaluations s’inscrivent dans le cadre plus large d’une maladie qui, enfin, bénéficie d’une attention accrue.
Qu'est-ce qu'une évaluation clinique conjointe, et en quoi est-elle importante pour l'accès aux soins ?
En vertu des nouvelles règles de l'Union européenne entrées en vigueur en janvier 2025, la plupart des nouveaux médicaments anticancéreux font désormais l'objet d'une évaluation unique et conjointe au niveau européen. Cette évaluation commune est appelée « évaluation clinique conjointe ». Au lieu que chaque pays répète la même analyse clinique, des experts des États membres examinent ensemble les données disponibles et rédigent un rapport unique sur l'efficacité et la sécurité d'un médicament par rapport aux options existantes.
L'objectif est de réduire les doublons et de permettre à chaque pays de disposer, dès le départ, de données probantes de grande qualité. Cela devrait contribuer à rendre les décisions nationales plus cohérentes et, à terme, plus rapides.
Il y a un point qui revêt une importance capitale pour toute personne en attente d’un nouveau traitement. Une évaluation clinique conjointe ne fixe pas de prix et ne détermine pas si un médicament sera pris en charge. Ces décisions relèvent exclusivement de la compétence nationale. Chaque pays continue de prendre ses propres décisions en matière de remboursement dans le cadre de son système de santé.
Le point essentiel : l'évaluation n'est pas synonyme d'accès. Une évaluation européenne commune constitue une avancée importante, mais la mise à disposition effective d'un médicament dépend toujours des décisions prises dans chaque pays.
Le tarlatamab : une nouvelle option après une rechute
Le tarlatamab est un type d’immunothérapie appelé « engager bispécifique des lymphocytes T ». Son mécanisme d’action consiste à mettre les lymphocytes T du système immunitaire en contact direct avec les cellules cancéreuses exprimant une protéine appelée DLL3, ce qui aide le système immunitaire à repérer et à attaquer la tumeur. Il a été autorisé par la Commission européenne en 2026 pour le traitement des adultes atteints d’un cancer du poumon à petites cellules (SCLC) à un stade étendu dont la maladie a progressé pendant ou après une chimiothérapie de première intention à base de platine.
L'évaluation a principalement comparé le tarlatamab au topotécan, un traitement de chimiothérapie utilisé depuis longtemps en cas de récidive. Dans les différents groupes de patients ayant présenté une récidive de leur maladie, le tarlatamab a montré un bénéfice constant en termes de survie par rapport au topotécan, des taux de réponse plus élevés et, surtout, moins d'effets indésirables graves que la chimiothérapie. Par rapport au topotécan :
Dans le cas d'une maladie résistante au platine, la survie globale médiane était de 11,1 mois avec le tarlatamab contre 5,8 mois avec le topotécan. Les taux de réponse étaient respectivement de 30,6 % et 6,2 %, et les effets indésirables graves (de grade 3 ou supérieur) étaient moins fréquents avec le tarlatamab, à 59,5 % contre 84,4 %.
Dans les cas de maladie sensible au platine, la survie globale médiane était de 13,9 mois contre 11,4 mois. Les taux de réponse s'élevaient à 35,1 % contre 26,0 %, une différence qui n'était pas statistiquement significative, et les effets indésirables graves étaient à nouveau moins fréquents avec le tarlatamab, à 41,4 % contre 82,8 %.
Lorsque la maladie réapparaissait dans les six mois, ou lorsqu'il n'était plus possible de recourir à la platine, la survie globale médiane était de 11,2 mois contre 6,4 mois, et les taux de réponse s'élevaient respectivement à 31,8 % et 14,8 %.
L'évaluation a également porté sur des comparaisons indirectes avec d'autres schémas de chimiothérapie, mais celles-ci présentaient davantage d'incertitudes et ne donnaient pas toutes les mêmes résultats.
Un aspect pratique mérite d'être souligné en matière d'accès. Le tarlatamab peut provoquer une réaction appelée « syndrome de libération de cytokines » ; il doit donc être administré dans des centres équipés pour surveiller l'apparition de ce syndrome. Il est donc d'autant plus important que l'accès à ce traitement soit organisé de manière à ce que les patients ne soient pas pénalisés en raison de leur lieu de résidence ou du centre où ils se font soigner.
Lurbinectédine : une nouvelle approche thérapeutique d'entretien
La lurbinectédine est administrée par perfusion et est décrite comme un inhibiteur sélectif des processus de transcription dont dépendent les tumeurs. L'évaluation a porté sur la lurbinectédine associée à l'atézolizumab en tant que traitement d'entretien chez des adultes atteints d'un CPPC à un stade étendu dont la maladie n'avait pas progressé après un traitement d'induction de première intention par l'atézolizumab, le carboplatine et l'étoposide.
Les résultats sont ici plus mitigés, et il convient de le préciser clairement. D’après l’essai IMforte, qui comparait la lurbinectédine associée à l’atézolizumab à l’atézolizumab seul en traitement d’entretien :
La durée avant la progression du cancer était plus longue avec le traitement combiné : 5,55 mois contre 2,73 mois. Il s'agissait là d'une nette amélioration.
La survie globale était de 13,90 mois, contre 11,14 mois. Toutefois, cette différence de survie était statistiquement significative lors d'une première analyse, mais ne l'était plus lors d'une analyse ultérieure, plus complète.
Les effets indésirables étaient plus fréquents avec le traitement combiné. Un effet indésirable, quel qu’il soit, a été signalé chez 97,1 % des patients recevant le traitement combiné, contre 81,7 % chez ceux recevant uniquement l’atézolizumab, ce qui a entraîné certains inconvénients en termes de qualité de vie.
En termes simples, l’association de la lurbinectédine et de l’atézolizumab pourrait retarder la progression du cancer, mais cet avantage doit être mis en balance avec des effets secondaires plus importants et un bénéfice en termes de survie qui n’a pas été confirmé lors de l’analyse plus approfondie. L’évaluation a également souligné que l’essai n’incluait pas, dès le départ, de patients présentant un état fonctionnel plus faible ou des métastases cérébrales ; il ne répond donc pas à toutes les questions.
Quelles sont les conséquences pour les personnes atteintes d'un cancer du poumon à petites cellules et leurs aidants ?
Dans l'ensemble, on constate que le paysage thérapeutique du SCLC commence à évoluer, mais la situation n'est pas simple, et aucun de ces deux médicaments n'est automatiquement le bon choix pour tout le monde. C'est à chaque patient, en collaboration avec son équipe soignante, de décider si un traitement particulier lui convient.
Se pose également la question de l'accès. Il existe désormais une évaluation européenne commune pour ces deux médicaments, mais cela ne signifie pas pour autant qu'ils soient disponibles partout. La mise à disposition d'un traitement, et le moment où il le sera, dépendent des décisions prises dans chaque pays. Le risque est que l'accès finisse par dépendre du lieu de résidence de la personne plutôt que de ses besoins.
Quelles sont les actions menées par Lung Cancer Europe ?
Lung Cancer Europe s'est efforcée de veiller à ce que la voix des patients et des aidants soit prise en compte dans ce processus. Un aidant en lien avec Lung Cancer Europe a apporté une contribution écrite à l'évaluation de la lurbinectédine ; ainsi, l'expérience vécue a contribué à façonner la manière dont les données ont été prises en compte, et pas seulement les données cliniques.
Le cancer du poumon à petites cellules étant au cœur des priorités de Lung Cancer Europe en 2026, notre message aux décideurs est clair. Une évaluation commune constitue un progrès, mais elle ne garantit pas l’accès aux traitements. Nous appelons les États membres à transformer ces évaluations en un accès rapide et équitable aux traitements, afin que les personnes atteintes d’un cancer du poumon à petites cellules puissent en bénéficier partout en Europe, quel que soit leur lieu de résidence.
Foire aux questions
Le tarlatamab est-il disponible dans toute l'Europe ? Le tarlatamab a été autorisé par la Commission européenne pour le traitement des adultes atteints d'un cancer du poumon à petites cellules (SCLC) en stade étendu et en récidive, après une chimiothérapie à base de platine. Sa disponibilité effective dépend de la décision de prise en charge prise par chaque pays.
Quelle est la différence entre l'autorisation de mise sur le marché européenne et le remboursement ? L'autorisation de mise sur le marché européenne signifie qu'un médicament peut être commercialisé dans toute l'Union européenne. Le remboursement signifie qu'un système de santé national a accepté de le prendre en charge. Il s'agit de deux étapes distinctes, et l'autorisation de mise sur le marché ne garantit pas que le médicament soit pris en charge dans un pays donné.
L'évaluation clinique conjointe permet-elle de déterminer si un médicament est pris en charge ? Non. L'évaluation clinique conjointe examine les données cliniques au niveau européen. Elle ne fixe pas les prix et ne décide pas du financement. Ces décisions sont prises au niveau national.
À quoi sert la lurbinectédine dans le cancer du poumon à petites cellules ? L'évaluation a porté sur la lurbinectédine associée à l'atézolizumab en tant que traitement d'entretien, administré après que le traitement de première intention a permis de maîtriser la maladie, chez les patients atteints d'un cancer du poumon à petites cellules (CPPC) à un stade étendu.
En résumé
Deux nouveaux médicaments destinés au traitement du cancer du poumon à petites cellules à un stade étendu, le tarlatamab et la lurbinectédine, ont fait l’objet d’une évaluation clinique européenne commune. Le tarlatamab a montré un bénéfice constant en termes de survie et moins d’effets indésirables graves que la chimiothérapie dans le cadre d’une récidive. L’association de la lurbinectédine et de l’atézolizumab pourrait retarder la progression de la maladie en tant que traitement d’entretien, mais elle s’accompagne de davantage d’effets indésirables et d’un bénéfice en termes de survie qui n’a pas été confirmé lors d’une analyse plus approfondie.
Les progrès dans le domaine du cancer du poumon à petites cellules (SCLC) restent trop lents, mais ces évaluations montrent que de nouvelles options sont actuellement testées, examinées et intégrées au débat européen. La prochaine étape concerne l’accès à ces traitements. Lung Cancer Europe continuera à faire pression pour que ces avancées profitent aux personnes atteintes de SCLC et à leurs aidants dans toute l’Europe.
Sources
Rapport d'évaluation clinique conjoint sur le tarlatamab (Imdylltra), Commission européenne, publié le 8 juillet 2026 : https://health.ec.europa.eu/publications/joint-clinical-assessment-report-tarlatamab-imdylltra_enRapport de synthèse sur le tarlatamab (PDF), source des chiffres relatifs au tarlatamab ci-dessus : https://health.ec.europa.eu/document/download/3d128877-e497-42e8-99e4-7a29f1f73061_en?filename=hta_jca_mp_202417_tarlatamab_summary-report_en.pdfRapport d'évaluation clinique conjoint sur la lurbinectédine (Zepzelca), Commission européenne, publié le 8 juillet 2026 : https://health.ec.europa.eu/publications/joint-clinical-assessment-report-lurbinectedin-zepzelca_enRapport de synthèse sur la lurbinectédine (PDF), source des chiffres relatifs à la lurbinectédine ci-dessus : https://health.ec.europa.eu/document/download/8ebad6ee-a657-46cf-9fb1-2897c9abba88_en?filename=hta_jca_mp_202416_lurbinectedin_summary_report_en.pdfÉvaluations cliniques conjointes, Commission européenne (fonctionnement du processus) : https://health.ec.europa.eu/health-technology-assessment/implementation-regulation-health-technology-assessment/joint-clinical-assessments_enRèglement relatif à l'évaluation des technologies de santé, aperçu, Commission européenne : https://health.ec.europa.eu/health-technology-assessment/overview_en
Pour en savoir plus
L'EMA recommande le tarlatamab pour le traitement du cancer du poumon à petites cellules en stade étendu en récidive, Lung Cancer Europe : https://lungcancereurope.eu/news/ema-recommends-tarlatamab-for-relapsed-extensive-stage-small-cell-lung-cancerCancer du poumon à petites cellules et santé mentale, Lung Cancer Europe : https://lungcancereurope.eu/news/small-cell-lung-cancer-and-mental-health