Des étés plus chauds, un air plus pollué : vagues de chaleur et cancer du poumon en Europe

Une femme se verse de l'eau sur le visage pour se rafraîchir sous un soleil de plomb, pendant une vague de chaleur.

Au moment où nous écrivons ces lignes, en juin 2026, une grande partie de l'Europe du Sud se prépare à affronter des températures avoisinant les 40 °C, quelques semaines seulement après qu'une vague de chaleur meurtrière a balayé le continent au début de l'été. L'Espagne, la France, le Portugal et l'Italie font à nouveau l'objet d'alertes canicule, les nuits étant si chaudes qu'elles n'apportent guère de répit.

La chaleur extrême est dangereuse en soi. Mais il ne s'agit pas seulement d'une question de confort, ni même de coup de chaleur. Les étés plus chauds modifient également l'air que nous respirons, ce qui a une incidence directe sur la santé pulmonaire et le cancer du poumon.

Pourquoi les vagues de chaleur se succèdent-elles en Europe ?

‍Les vagues de chaleur de cette ampleur ne sont plus des phénomènes rares. À mesure que les gaz à effet de serre réchauffent la planète, les périodes de chaleur extrême surviennent plus tôt, durent plus longtemps et atteignent des températures plus élevées. Ce qui semblait autrefois exceptionnel devient désormais une caractéristique courante de l'été européen.

‍ Cette tendance a un coût caché pour les poumons, car la chaleur et la pollution atmosphérique vont de pair.

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Comment la chaleur détériore la qualité de l'air que nous respirons‍ ‍

Lors des journées chaudes, calmes et ensoleillées, les gaz d'échappement et les émissions industrielles réagissent avec la lumière du soleil pour former de l'ozone troposphérique, principal composant du smog estival. Plus il fait chaud et plus le soleil brille, plus la concentration d'ozone augmente.

La chaleur entraîne également la sécheresse, et la sécheresse alimente les feux de forêt. Ces incendies rejettent dans l'air des particules fines, appelées PM2,5, qui peuvent se propager sur de longues distances, bien au-delà du périmètre de l'incendie lui-même.

La pollution par l'ozone et celle par les particules rendent la respiration plus difficile. Elles peuvent provoquer de la toux, un essoufflement et des crises d'asthme, solliciter excessivement le cœur et aggraver les affections pulmonaires existantes. Pour les personnes déjà atteintes d'un cancer du poumon, les journées où la qualité de l'air est mauvaise peuvent être particulièrement difficiles.

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Le lien avec le cancer du poumon ‍

Le lien va bien au-delà des symptômes ressentis lors d’une journée où la qualité de l’air est mauvaise. La pollution atmosphérique extérieure est reconnue comme une cause de cancer depuis 2013, date à laquelle le Centre international de recherche sur le cancer l’a classée parmi les substances cancérigènes du groupe 1, soit la même catégorie que le tabac.

En avril 2026, une étude d’envergure menée par l’Union internationale contre le cancer et l’Institut George pour la santé mondiale a mis en évidence l’ampleur du phénomène. S’appuyant sur 42 revues systématiques et méta-analyses, elle a attribué plus de 434 000 cas de cancer du poumon par an dans le monde à la pollution atmosphérique, et a constaté qu’une exposition à long terme aux PM2,5 augmentait le risque global de cancer d’environ un dixième. La pollution atmosphérique serait responsable d’environ 27,5 % des cancers du poumon évitables chez les femmes et de 15,8 % chez les hommes.

Ce facteur joue également un rôle central dans l'augmentation des cas de cancer du poumon chez les personnes n'ayant jamais fumé, qui représentent une part croissante des personnes chez lesquelles cette maladie est diagnostiquée. Pour elles, la pollution atmosphérique figure parmi les facteurs de risque connus les plus importants. Le cancer du poumon n'est pas seulement une maladie liée au comportement individuel. C'est aussi une maladie liée à l'environnement et aux politiques publiques.

Nous avons présenté l'ensemble des données scientifiques dans notre précédent article intitulé « Pollution atmosphérique et cancer du poumon en Europe : ce que révèlent les données scientifiques actuelles ».

Une histoire des inégalités en Europe

Partout en Europe, la qualité de l'air s'est améliorée au cours des dernières décennies, et ces progrès sont bien réels. Le nombre de décès liés aux particules fines dans l'UE a diminué de près de moitié entre 2005 et 2022.

‍ ‍Mais ces progrès n'ont pas été répartis de manière équitable. L'Europe de l'Est et du Sud-Est supporte de loin la charge la plus lourde, les niveaux de pollution dans certaines régions étant plusieurs fois supérieurs à ceux des zones les plus propres du nord. Le lieu de résidence d'une personne peut influencer son exposition à la pollution, et par conséquent le risque auquel elle est exposée.

‍ ‍Cet écart est rarement isolé. Ces mêmes régions sont souvent caractérisées par un accès plus limité aux soins spécialisés, des taux de dépistage moléculaire plus faibles et des délais de diagnostic plus longs. Les inégalités en matière de qualité de l'air sont synonymes d'inégalités en matière de cancer.

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Ce qu'il faut faire

‍L'Europe dispose déjà d'un cadre propice au changement. La directive révisée sur la qualité de l'air ambiant, adoptée en 2024, aligne davantage les normes de l'UE sur les recommandations de l'Organisation mondiale de la santé et fixe une limite de 10 microgrammes par mètre cube pour les particules fines, qui devra être respectée d'ici 2030. Une grande partie du continent dépasse encore cette limite.

‍ ‍Une loi n’a d’effet que si elle est mise en œuvre, suivie et appliquée, et si les communautés les plus exposées ont leur mot à dire sur la manière dont cela se fait. Alors que les vagues de chaleur font désormais partie intégrante des étés européens, la lutte contre le changement climatique et la qualité de l’air ne sont pas des préoccupations distinctes du cancer du poumon. Elles s’inscrivent dans le même combat.

‍ ‍Cela s'inscrit dans une évolution plus large. Dans sa stratégie à l'horizon 2028, l'Union internationale contre le cancer considère le cancer du poumon, la lutte contre le tabagisme et la pollution atmosphérique comme une seule et même priorité, et l'analyse des données scientifiques préconise que des objectifs en matière de qualité de l'air soient intégrés dans les plans nationaux de lutte contre le cancer et mis en œuvre conformément aux recommandations de l'Organisation mondiale de la Santé. La qualité de l'air n'est plus dissociée de la lutte contre le cancer du poumon. Elle en fait partie intégrante.

‍ ‍Chez Lung Cancer Europe, nous estimons que les personnes atteintes d’un cancer du poumon, ainsi que celles qui présentent le risque le plus élevé, doivent avoir leur mot à dire dans le débat sur la qualité de l’air en Europe. Les données ne font plus aucun doute. Il ne reste plus qu’à trouver la volonté d’agir en conséquence.

Lire le rapport complet de l'UICC

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