La crise de l'accès aux médicaments en Europe : ce que révèlent les dernières données concernant le cancer du poumon
Cette semaine, l'EFPIA a publié son rapport annuel WAIT. Ce rapport évalue la rapidité avec laquelle les médicaments approuvés par l'Agence européenne des médicaments parviennent aux patients dans les États membres de l'UE. Les données de 2025, qui portent sur 168 médicaments approuvés entre 2021 et 2024, sont difficiles à accepter.
Près de la moitié de ces médicaments, soit 49 %, ne sont pas accessibles aux citoyens européens. Ce chiffre est en hausse par rapport aux 46 % enregistrés en 2019. La part des médicaments entièrement pris en charge par les régimes publics de remboursement est passée de 42 % en 2019 à 28 % en 2025. Par ailleurs, 17 % de ces médicaments ne sont disponibles que sous certaines conditions, contre 6 % il y a six ans.
Le délai médian entre l'autorisation de mise sur le marché en Europe et la mise à disposition des médicaments sur l'ensemble du continent est de 532 jours. En Allemagne, le délai d'attente médian est de 56 jours. En Roumanie, il est de 1 201 jours. Cela représente une différence de plus de trois ans pour les mêmes médicaments, approuvés par la même autorité de régulation, destinés à des personnes vivant sur le même continent.
En oncologie, la tendance va dans la mauvaise direction. Le délai moyen de mise à disposition des médicaments anticancéreux s’est allongé d’année en année. L’analyse de l’EFPIA met également en évidence une tendance à la baisse du nombre de médicaments approuvés par la FDA puis par l’EMA, avec une chute particulièrement marquée depuis octobre 2025.
Il s'agit là de statistiques au niveau du système. Mais derrière chaque chiffre se cache une personne dont les options thérapeutiques ne dépendent pas des avancées scientifiques, mais du lieu où elle vit en Europe.
Quelles sont les implications pour le cancer du poumon ?
Le cancer du poumon est la première cause de décès par cancer en Europe. C'est également l'un des domaines de l'oncologie qui évolue le plus rapidement. De nouvelles options thérapeutiques, notamment pour les sous-types définis sur le plan moléculaire, ont transformé les résultats cliniques pour certains groupes au cours de la dernière décennie. Les projets en cours continuent de donner des résultats qui auraient été inimaginables il y a dix ans.
Pourtant, les traitements accessibles aux populations des pays dotés de systèmes de remboursement plus rapides et mieux financés sont les mêmes que ceux qui restent indisponibles ou soumis à des restrictions pendant des années dans d’autres pays. Les données de l’EFPIA montrent que l’Allemagne disposait de 156 des 168 médicaments suivis, tandis que Malte n’en comptait que 22. L’écart entre les pays les plus performants et les moins performants en termes de disponibilité s’élevait à 88 %.
La question n’est pas de savoir ce que la médecine peut offrir. Il s’agit plutôt de déterminer si les systèmes de santé, les dispositifs de remboursement et les négociations tarifaires sont structurés de manière à permettre aux personnes qui en ont besoin d’accéder aux traitements. Comme l’a écrit Debra Montague, présidente de Lung Cancer Europe, dans son rapport annuel 2025-2026 : « Il apparaît de plus en plus clairement que ces progrès ne profitent pas à tous de manière égale. »
Ce que nous disent les personnes touchées par le cancer du poumon
L’accès aux médicaments autorisés n’est qu’un aspect d’un tableau plus large. Les recherches menées par Lung Cancer Europe, qui s’appuient sur des enquêtes menées auprès de plus de 2 000 personnes touchées par le cancer du poumon dans 34 pays européens, montrent systématiquement que les difficultés auxquelles ces personnes sont confrontées vont bien au-delà de la simple question du remboursement d’un médicament.
Notre 9e rapport, publié en novembre 2024, a révélé que 40 % des personnes interrogées n’avaient pas reçu suffisamment d’informations concernant leur diagnostic, leur traitement et leurs soins. La moitié d’entre elles n’avaient reçu aucune information sur les autres options thérapeutiques possibles. Près de neuf personnes sur dix ont cherché des informations en dehors du système de santé, et une sur quatre n’a pas pu trouver ce dont elle avait besoin ou est tombée sur des informations inexactes ou non validées. La complexité des informations a été identifiée comme le principal obstacle à une participation effective aux décisions thérapeutiques.
Notre 11e rapport, publié en mars 2026, était consacré à la santé mentale. En moyenne, 89,3 % de l’ensemble des personnes interrogées ont connu d’importantes difficultés émotionnelles après leur diagnostic. 31 % n’ont bénéficié d’aucun soutien en matière de santé mentale à aucun moment de leur prise en charge. Ce fardeau est réparti de manière inégale. Les personnes atteintes d’un cancer du poumon à petites cellules ont fait état des niveaux de détresse les plus élevés, 66,2 % d’entre elles signalant un impact négatif sur leur santé mentale. 74,3 % n’ont jamais été orientées vers une association de patients par leur professionnel de santé. Les personnes n’ayant pas subi de test de biomarqueurs ont présenté les résultats les plus défavorables en matière de santé mentale parmi tous les groupes interrogés.
Les résultats en matière de santé mentale présentent également une dimension géographique évidente, qui correspond étroitement aux inégalités géographiques d’accès aux traitements décrites par les données de l’EFPIA. Les personnes interrogées en Italie, en Suisse et au Danemark ont fait état de scores de santé mentale plus élevés. Celles de Slovénie, d’Ukraine et de Grèce ont quant à elles signalé l’impact psychologique négatif le plus important.
La tendance est constante. En Europe, le lieu de résidence des personnes détermine non seulement les médicaments auxquels elles ont accès, mais aussi la qualité des informations qui leur sont fournies, leur degré d’implication dans les décisions concernant leurs propres soins, ainsi que la probabilité que leur bien-être psychologique soit pris en charge tout au long de leur maladie.
Ce qui doit changer
Le rapport de l’EFPIA identifie plusieurs causes à ces retards : la lenteur des procédures réglementaires, le manque d’harmonisation des exigences en matière de données probantes, l’insuffisance des budgets dans les États membres et les décisions commerciales concernant le lieu et la date de lancement. Il n’existe pas de solution miracle. Cependant, les tendances actuelles évoluent dans une direction qui exige une attention urgente de la part des décideurs politiques, des systèmes de santé et de toutes les parties prenantes impliquées dans la mise à disposition des médicaments auprès de la population.
Lung Cancer Europe appelle les décideurs politiques et les professionnels de santé de toute l’Europe à considérer l’accès équitable aux traitements comme une priorité, et non comme une simple aspiration. Cela implique des procédures de remboursement plus rapides et plus homogènes dans tous les États membres, un engagement à combler le déficit d’information qui empêche trop de personnes de disposer des connaissances nécessaires pour comprendre et défendre leurs propres soins, ainsi que l’intégration du soutien psychologique en tant que composante standard du parcours de soins du cancer du poumon.
Le pipeline lui-même est également sous pression. De nouvelles données publiées parallèlement au rapport WAIT montrent une tendance à la baisse du nombre de médicaments approuvés par la Food and Drug Administration américaine (FDA) qui obtiennent ensuite l’autorisation de l’Agence européenne des médicaments (EMA), avec une chute particulièrement marquée enregistrée depuis octobre 2025. Pour les personnes atteintes d’un cancer du poumon, pour lequel tant de progrès thérapeutiques concernant des sous-types définis au niveau moléculaire ont vu le jour grâce au pipeline mondial, une réduction du nombre de médicaments parvenant aux autorités réglementaires européennes ne ferait qu’aggraver les inégalités d’accès déjà mises en évidence par ces données.
Les médicaments existent. Les données scientifiques s'accumulent. Il nous incombe désormais de veiller à ce que ce qui est possible pour certains soit accessible à tous.
*Sources : Indicateur « Patients W.A.I.T. » 2025 de l’EFPIA (publié en mai 2026) ; 9e rapport de Lung Cancer Europe (novembre 2024) ; 11e rapport de Lung Cancer Europe (mars 2026) ; rapport annuel 2024-2025 du président de Lung Cancer Europe.*