Pourquoi les personnes atteintes d'un cancer du poumon courent-elles un risque plus élevé d'infections nosocomiales ?

Mis à jour le 24 juillet 2026

Les personnes atteintes d'un cancer du poumon courent un risque nettement plus élevé de contracter des infections lors de leurs séjours à l'hôpital. Un nouveau rapport européen de grande envergure souligne que ce risque n'est pas pris suffisamment au sérieux.

Selon le rapport stratégique intitulé « Treating the Whole Patient », publié en avril 2026 par l’Organisation européenne contre le cancer (ECO), les personnes atteintes d’un cancer ont deux à cinq fois plus de risques de contracter une infection nosocomiale que les autres patients hospitalisés. Ce risque est encore plus élevé chez les personnes suivant une chimiothérapie intensive ou atteintes d’un cancer du sang.

Ce rapport s'appuie sur des témoignages d'experts, le vécu des patients et des recherches cliniques, et souligne que les infections nosocomiales restent l'un des risques les plus négligés dans la prise en charge du cancer à travers l'Europe. Lung Cancer Europe diffuse ces conclusions car elles concernent directement les personnes que nous représentons.

Pourquoi le traitement du cancer du poumon augmente le risque d'infection

Le traitement du cancer du poumon met le système immunitaire à rude épreuve. La chimiothérapie, les traitements ciblés et les stéroïdes affaiblissent tous la capacité de l'organisme à lutter contre les infections. Les visites fréquentes à l'hôpital et l'utilisation de dispositifs médicaux tels que les cathéters urinaires augmentent encore davantage l'exposition aux bactéries nocives.

Cette combinaison rend les personnes suivant un traitement contre le cancer du poumon particulièrement vulnérables. Et lorsque des infections surviennent, elles peuvent être graves.

Quand les antibiotiques ne sont plus efficaces

Le rapport de l'ECO soulève des inquiétudes particulières concernant la résistance aux antimicrobiens (RAM), ce problème croissant lié à la résistance des bactéries aux antibiotiques.

Une étude citée dans le rapport, portant sur 347 patients atteints d'un cancer et souffrant d'infections sanguines, a révélé qu'une infection sur trois était causée par des bactéries non sensibles à aucun antibiotique disponible. Le taux de mortalité chez les patients atteints d'infections résistantes aux médicaments était de 27 %, contre 7 % chez les patients dont les infections avaient répondu au traitement.

Les patients atteints d'un cancer ont également près de dix fois plus de risques de développer une septicémie que les personnes non atteintes de cancer, principalement en raison de l'immunosuppression provoquée par la maladie et ses traitements. Chez les patients atteints d'un cancer hospitalisés, la septicémie est en cause dans une très grande partie des décès.

Le rapport met en garde contre le fait que, si rien n'est fait pour lutter contre la résistance aux antimicrobiens, certains traitements anticancéreux courants pourraient devenir inenvisageables d'ici 2030, car les risques d'infection l'emporteraient sur les bénéfices thérapeutiques. Jusqu'à 50 % des décès liés au cancer sont déjà associés à des infections, mais la résistance aux antimicrobiens est rarement mentionnée sur les actes de décès, ce qui masque l'ampleur réelle du problème.

Le risque spécifique lié aux cathéters urinaires

Le rapport de l'ECO accorde une attention particulière aux infections des voies urinaires associées à un cathéter (IVUC), l'un des types d'infections nosocomiales les plus courants et les plus évitables.

Les infections des voies urinaires représentent environ 19 % de l'ensemble des infections nosocomiales dans les hôpitaux européens de soins aigus. Près de 800 000 infections des voies urinaires nosocomiales surviennent chaque année dans l'Union européenne, et plus de 60 % d'entre elles sont liées à la pose de cathéters urinaires.

Le coût financier et humain est considérable. Les infections associées à un cathéter urinaire (CAUTI) coûtent aux systèmes de santé entre 800 et 1 000 € par cas, ce qui représente une charge annuelle estimée à 477 millions d'euros dans l'ensemble de l'Union européenne. Elles prolongent également la durée des séjours hospitaliers, retardant ainsi les nouvelles admissions et les interventions chirurgicales non urgentes.

Jusqu'à 47 % des poses de cathéters pourraient être injustifiées. Il a été démontré que la réduction du recours inutile aux cathéters permettait de diminuer les taux d'infection et d'améliorer la sécurité des patients.

Les femmes sont particulièrement exposées à ce risque. Le rapport souligne que les femmes courent un risque deux fois plus élevé de contracter une infection urinaire liée à un cathéter (CAUTI) lorsqu'elles portent un cathéter à demeure, et préconise un recours accru à d'autres types de cathéters ainsi qu'une meilleure collecte de données spécifiques au genre.

Une situation contrastée à travers l'Europe

Le risque de contracter une infection nosocomiale varie considérablement d’un pays à l’autre en Europe. Certains pays disposent de systèmes de surveillance plus performants, de meilleurs protocoles de prévention des infections et d’une sensibilisation plus systématique des patients. D’autres accusent un retard considérable. Le lieu où une personne atteinte d’un cancer du poumon est traitée peut avoir une incidence significative sur son risque de contracter une infection évitable.

Ce qui doit changer

Le rapport de l'ECO formule des recommandations claires à l'intention des décideurs politiques, des systèmes de santé et des praticiens.

Concernant la prévention des infections :

  • Réduire l'utilisation inutile de cathéters grâce à des protocoles cliniques actualisés et à des outils d'aide à la décision

  • Renforcer la formation des infirmiers et la collaboration pluridisciplinaire en matière de prévention des infections

  • Mettre en place une initiative spécifique au niveau de l'UE sur les infections urinaires associées à un cathéter (CAUTI), intégrée aux stratégies existantes en matière de résistance aux antimicrobiens et de sécurité des patients

  • Améliorer la surveillance et la qualité des données au niveau de l'UE, notamment en ce qui concerne les résultats spécifiques au genre

Concernant la résistance aux antimicrobiens :

  • Poursuivre et renforcer la sensibilisation à la résistance aux antimicrobiens, tant auprès des professionnels de santé que du grand public

  • Réformer le marché du développement des antibiotiques, notamment en créant une « désignation AMR » similaire au statut de médicament orphelin, afin de donner la priorité au développement de nouveaux antibiotiques

  • Accorder aux pharmaciens un rôle pleinement reconnu dans la gestion des antimicrobiens

  • Adopter une approche « One Health » visant à lutter contre la surutilisation des antibiotiques tant dans l'agriculture que dans le secteur de la santé

Ce que cela signifie pour les personnes atteintes d'un cancer du poumon

Si vous suivez actuellement un traitement contre le cancer du poumon, ou si vous accompagnez une personne qui en suit un, il est important d’être conscient du risque d’infection. Non pas pour vous alarmer, mais parce que cette prise de conscience peut vous aider.

Voici quelques mesures concrètes qu’il serait utile d’aborder avec votre équipe soignante :

  • Renseignez-vous sur les mesures de prévention des infections avant tout séjour à l'hôpital ou toute intervention prévue.

  • Apprenez à reconnaître les signes d'infection : fièvre, frissons, douleur inhabituelle ou rougeur au niveau d'un cathéter ou d'une voie veineuse, ou sensation soudaine de malaise

  • Si des antibiotiques vous sont prescrits, suivez le traitement jusqu'au bout, conformément aux instructions

  • Si vous avez des inquiétudes concernant la résistance aux antimicrobiens ou votre risque d'infection, n'hésitez pas à en parler à votre oncologue ou à votre infirmière spécialisée.

À propos du rapport

Le rapport intitulé « Traiter le patient dans sa globalité : aborder les aspects souvent négligés des soins oncologiques » a été publié par l’Organisation européenne contre le cancer en avril 2026. Il aborde trois domaines des soins oncologiques que le rapport identifie comme insuffisamment pris en compte : la nutrition médicale, la résistance aux antimicrobiens et les infections nosocomiales. Ce rapport s’appuie sur une table ronde « Community 365 » qui s’est tenue en mai 2025 et qui a réuni des cliniciens, des défenseurs des droits des patients, des pharmaciens, des infirmiers et des décideurs politiques de toute l’Europe.

Mise à jour : 24 juillet 2026

Note de la rédaction

Depuis la première publication de cet article, de nouvelles données sont venues renforcer les inquiétudes concernant les infections dans le cadre des soins oncologiques.

Une revue systématique de 2025 publiée dans *The Lancet Oncology* a analysé 274 études menées dans 52 pays et a révélé que plus d’une infection bactérienne sur trois chez les personnes atteintes d’un cancer était due à des bactéries résistantes aux antibiotiques. Les infections résistantes aux médicaments étaient systématiquement associées à des résultats cliniques moins favorables, ce qui souligne l’importance croissante de la prévention des infections, de la gestion rationnelle des antimicrobiens et de la détection précoce des infections dans le cadre de soins oncologiques de haute qualité.

Ces conclusions viennent étayer les recommandations formulées dans le rapport « Treating the Whole Patient » de l’Organisation européenne contre le cancer, qui souligne que les infections associées aux soins de santé constituent un aspect souvent négligé de la prise en charge du cancer. Ce rapport préconise le renforcement des mesures de prévention des infections, la réduction du recours inutile aux cathéters et une action coordonnée à l’échelle européenne pour lutter contre la résistance aux antimicrobiens.

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